Musique et tergiversation sur tout et rien, surtout rien.

mardi 28 février 2012

Mars Red Sky - Mars Red Sky


Passé relativement inaperçu lors de sa sortie en Avril au format cd, le premier et merveilleux album de Mars Red Sky est quand même parvenu à se glisser à mes oreilles lors de sa sortie au format vinyle, fin 2011. Et quelle claque j’ai pris ! Précisons que le trio est français, ce qui n’est pas inutile quand on connaît la difficulté des groupes de l’hexagone à proposer quelque chose qui ne soit pas trop estampillé « français ». Mais attention, il ne s’agit pas ici de jouer son chauvin de base à supporter des groupes du coin sous le seul prétexte qu’ils sont justement du coin. Non, peut importe leur nationalité, ces gars auraient été australopithèque ou serbo-brésilien que je m’en serais contre-foutu avec force. Mais parlons peu, parlons bien : parlons musique.

Posée, Aérienne, contemplative, initiatique parfois, la musique de Mars Red Sky nourrit l’esprit comme elle l’apaise, elle nous emmène loin dans un univers halluciné mais ô combien distant de nos grises réalités. C’est bien simple, je n’avais pas écouté pareille musique depuis des lustres, au point que je commençais à douter qu’un groupe puisse un jour offrir ne serait-ce que le demi quart de la moitié de cet album. L’image qui me vient à l’instant est la suivante : le Jesu période de son premier album forniquant avec les gus des Black Angels. Tout y est, la distance au monde environnant et la sage résignation, couplés à l’esprit et les sonorités seventies.

Impossible de nier les faits objectifs : la production est à la hauteur de l’album. Le travail est impeccable, propre et net mais dans le seul optique de servir le propos musicale. Autrement dit, chaque sonorité a été travaillée pour suivre le fil rouge du groupe. Le fuzz est aussi absorbant que sale, à peine arrive-t-il qu’on se surprend à marcher dans un désert orangé sous un ciel quasi blanc. La basse est d’une profondeur parfaite pour discuter directement avec le corps, et couplée à certain riffs bien lourd on se croirait proche d’un Ufomammut, c'est-à-dire en communication directe avec le stoner le plus pure, là où la distorsion semble se faire spirituelle. Les solos sont à l’image de la musique, posés et hallucinogènes, contrastant avec la lourdeur des riffs et ouvrant ainsi une brèche, celle de l’imaginaire personnel, qui permet l’envol de la psyché. Enfin, saluons la voix, quasi divine, dans la plus pure tradition du psychédélisme, déclamant tranquillement ses textes : « You can find me there/Find me anytime/Floating in the air/Free at last ». Tout est dit.

Le seul regret au final est que le trip ne dure qu’une quarantaine de minutes. Difficile de rejoindre la course du réel ensuite : « Woke up too soon/Came down to fast ». Paroles issues du dernier morceau, celui-ci se faisant d’ailleurs plus sombre, symbole de l’inexorable descente, de l’inéluctable fin.

Cet album vous hantera, il habitera vos pensées, vos gestes même, il fera corps avec vous, vous offrant un regard nouveau, une distance salvatrice avec le monde. La musique de Mars Red Sky est d’une pureté incroyable, insoupçonnable même. Intemporelle ? Trop tôt pour le dire. Mais gageons que cet album, comme un bon cru, se bonifiera encore plus avec le temps, si c’est possible.

Huata - Atavist of mann

Malgré une sortie sans cesse retardée pour différentes raisons, notamment des problèmes de pressing, le premier album d’Huata a enfin vu le jour en ce début d’année. Avec leur premier ep « Open the Gates of Shambhala », les rennais avaient réussis à éveiller notre curiosité en proposant un stoner/sludge des familles fort appréciable. Qu’allait-il bien pouvoir nous servir par la suite, avec leur premier opus, et après nous avoir appâté avec un trailer qui en disait long sur leur orientation ?

La réponse ne tarde pas à se faire, une fois le vinyle calée sur la platine, car on a sans nul doute une des toutes meilleures sorties de 2012, tant l’album tape fort. D’emblée, on est emporté par un riff ultime, celui de Lord of the Flame, qui annonce de suite la couleur : non seulement ça riff dans la plus pure tradition du riff doom qui te fait headbanguer à t’en détacher le crâne, mais en plus le son t’écrase comme c’est pas permis, digne des Ufomammut ou d’Electric Wizard période Come my fanatics et Dopethrone. Et rien que pour ces deux éléments, cet album est monstrueux. C’est celui qu’on attendait depuis un petit moment, peut-être l’album qu’aurait du sortir Electric Wizard s’il n’avait pas changé de direction artistique entre temps.

Pourtant au fond, il n’y a rien de très nouveau là-dedans. Du son qui nous écrase comme si nous étions enterrés vivants, du riff qui te tabassent la cervelle, des ambiances impies et hérétiques dignes de Crowley et autres sorciers fou. Tout ça, on connaît. Et pourtant, Huata parvient à surprendre, à se rendre novateur et créatif, en réécrivant ce qui était déjà écrit et, surtout, en apportant un peu de sang neuf pour cette nouvelle orgie. Car oui, si Electric Wizard vient rapidement en tête, les bretons se détachent aisément de l’influence des anglais.

Avec Huata, on ne joue plus, le propos est plus profond, on sort des références aux délires Laveyen, aux films de série B et aux drogues rigolotes. Leurs propos évoquent plutôt le rapport de l’Homme au pouvoir et à la religion, les connaissances occultes comme outils de maîtrise sur l’être humain. La ligne directrice de l’album porte donc à la fois sur l’influence de croyances délirantes et hallucinées sur l’histoire, ainsi que sur la recherche éperdue de l’Homme d’une force, en l’occurrence « satanico-extra-terrestro-occulte », qui puisse le guider parmi les ténèbres de son présent et de son avenir.
Tout cela se fait néanmoins sans volonté de tenir un discours, quel qu’il soit. Pour tout dire, le propos n’est pas spécialement ce qu’on retient de la musique d’Huata, on reste plutôt scotché à l’ambiance de l’album. De leur propre aveu, le groupe n’oublie pas d’où il vient, c'est-à-dire autant le rock n’roll pour le second degré de la mise en scène (confère les tenues de scène et l’artwork de l’album) que le doom et le metal en général pour l’imaginaire particulier et la primauté absolu de la musique.

A ce titre, Huata nous délivre une musique mélangeant habilement le stoner doom, le sludge (jetez une oreille sur Operation Milstletoe et vous comprendrez de quoi je veux parler), voir même le drone dans les passages plus lents. L’orgue, récupéré dans une église bretonne, rajoute énormément à l’ambiance et vient renforcer l’aspect ésotérique des morceaux. La voix, enfin, a été particulièrement travaillée sur l’album pour être moins « râpeuse » que sur le premier album et sied d’avantage à une certaine diversité des compos, notamment en fait sur les passages plus ambient où la voix déclament quelques incantations du meilleure effet. Seul bémol au final, l’album manque sans doute d’un léger calibrage, les morceaux sont parfois un peu long et l’intensité s’égrène un brin. Ça reste minime, puisqu’il y a de toute façon toujours un riff pour nous faire repartir de plus belle.

Je vais sans aucun doute me répéter, mais Huata a signé là une perle du genre, dont l’intensité et la profondeur fera taire les mauvaises langues qui penseront avoir affaire à une enième version d’un satanisme mal réchauffé. Un bond monstrueux pour le groupe, à qui l’on souhaite la reconnaissance qu’il mérite.
Burn, baby, burn.

Revok - Grief is my new moniker


Rah c’ui-là, j’ai eu du mal. Franchement, je trouve qu’il n’est pas facile à appréhender. Après un « Bad book and empty pasts » très réussi, accrocheur et écorché, je m’attendais à un truc énorme avec la nouvelle galette de Revok. Et puis pffft, c’est tombé à plat à la première écoute. Pourtant pas de doute, y’a de l’idée, c’est carré et efficace, on poursuite le chemin entamée avec leur premier opus. Mais là, rien, pas de déclic, pas de sursaut. Vite, passons à autre chose.
Quelle belle illusion…
Après quelque temps, j’ai effectivement décidé de retester la chose tant je ne comprenais pas pourquoi, soudainement, plus rien ne me bottait dans la musique du groupe. Et puis j’ai compris. Un vulgaire mécanisme de défense, autruchien au possible, qui a consisté ici à faire le sourd pour ne pas entendre le propos de Revok.

Mais fort heureusement, mon masochisme me vaincra. Alors je me le suis ré-insufflé, jusqu’au bout, j’ai maintenu mes yeux ouverts, quitte à en chialer.
Insidieuse, voilà ce qu’est la musique de Revok. Servie comme une bouillie infâme d’une mauvaise cantoche, bruitiste et presque insupportable, le premier réflexe est naturellement de s’en distancer. Pourtant, en osant farfouiller dedans on se rend vite compte que cette bouillie est justement l’âme même de l’album. Ici, des morceaux de souvenirs tâchés, là des cadavres, ceux qui nous hantent chaque nuit et qui nous font nous réveiller en sueur. Bref, le constat amer d’une vie menée à la va-vite dans un monde où s’entrechoquent chaque jour des milliers d’illusions, une inconsistance de l’être fondamentale qui creusent le ciboulot autant qu’une mauvaise drogue à base de liquide batterie. Tout est là, au fond, tel un cliché polaroidique d’une situation absurde et moche ; le portrait d’une société malade, cancéreuse, où l’espoir est remplacé par l’illusion et les idées par les pulsions destructrices. Que reste-t-il alors ? Le cri, le bruit, l’agitation. En sommes, tout ce qui nous évite de nous confronter à notre petit bout de vide qui gagne sans cesse du terrain.

Ne nous méprenons pas, cet album n’est pas dépressif, il n’est pas empli d’une noire tristesse. Non, c’est plutôt gris, pas le gris de la résignation, plutôt le gris bêton des bâtiments surannés dans lesquels s’entassent des milliers d’âmes sombres tous les soirs, le gris du bitumes écrasés sans cesse, le gris d’un ciel nauséeux avant que ne gronde la tempête, le gris d’une crasse trop épaisse sur une vitre à travers laquelle ne perce que difficilement les rayons du soleil. Un gris sombre et épais, suintant autant de mélancolie que de rage.

Pas facile d’accès, c’ui-là, c’est sûr. Au fond, c’est un peu comme se regarder en face, dans le miroir, et oser établir un constat réaliste de notre situation. Balayé des rêves et illusions que reste-il ? Une face terne, anéantie par des nuits sans sommeil et des jours sans soleil, ruinée par des ruminements incessants, le tout accompagné d’un fatalisme aussi réaliste que destructeur. Revok, ou le miroir de votre petite déchéance quotidienne.

Monarch + Altar of Plagues + Seilman Bellinsky – La conserverie – Angers

Et voilà, fin du postage de masse d'anciennes chroniques. A partir de maintenant, il s'agira de sang frais.
Et pour débuter, je vous offre un petit retour sur la soirée du samedi 18 Février à la Conserverie, nouveau lieu récemment ouvert près d’Angers et plutôt DIY.

Je salue d’abord l’équipe pour avoir organiser ce concert : c’était « risqué », d’une part parce que sur Angers il est de notoriété public que les gens se bougent « difficilement » pour les concerts dans le coin, mais aussi parce que, il faut bien le dire, ce genre d’affiche est peu enclin à ramener du marsouin notoire.
En d’autres termes, seulement trente entrés ont été enregistrées. Tant mieux en un sens, nous n’étions pas serrés comme des sardines dans leur boîte et on a pu profiter du spectacle sans être gêné par tous ces zouaves qui d’un commun accord et sans m’en informer ont décidé de dépasser le mètre quatre vingt et de me boucher la vue. Non, ce soir pas de problème pour regarder le spectacle. En revanche, c’est un peu plus dommage pour les groupes, l’ambiance est toujours plus difficile à instaurer quand il y a peu de monde.
Dommage enfin, pour l’équipe, qui risque de ne pas pouvoir renouveler régulièrement ce genre d’affiche si elle ne rentre pas dans ses frais. J’espère tout de même qu’elle parviendra à développer la salle et à proposer régulièrement des concerts du genre, ce serait une excellente chose pour Angers et les groupes du coin.

Venons en au fait, et débutons avec Seilman Bellinsky. Apparemment, il s’agissait de leur troisième concert seulement, autant dire qu’il s’agissait là du début, même si leur prestation m’a parue tout à fait calée. Mon avis reste tout de même mitigé sur leur musique, à qui il manque un petit quelque chose pour réussir à instaurer et maintenir son ambiance. En somme, il s’agit d’une musique apaisée, calme, tout en arpège et tempo lent. J’ai pensé à du Dolorian pour les ambiances à la fois sombres et intimistes, puis aussi à du post-rock pour le côté un peu planant. Seul bémol : à mon goût, ça manquait d’envolées accrocheuses, rageuses ou non, qui seraient venues étoffer leur musique et diversifier leur répertoire. Car autant c’est accrocheur, autant on frôle un peu trop l’ennui et cela d’autant plus que les morceaux s’enchainent en stagnant dans un seul registre. Bref, intéressant mais sans doute le groupe a-t-il à développer son potentiel.

On enchaîne avec Altar of Plague, groupe de black atmosphérique Irlandais. Je connaissais déjà un peu et j’accroche plutôt pas mal à leur musique, envoûtante et franchement bien fichue, qui flirte avec la fleur du genre, de Darkspace (sans l’aspect astral) à Wolves in the Throne Room. Sur scène, le groupe a tout fait réussit à instaurer son ambiance, et pour tout dire, j’ai été agréablement surpris tant il y avait longtemps que je n’avais pas été à un concert. Rien de très objectif donc, je me suis juste laissé emporter par les guitares grésillantes et aériennes, accompagnées par une batterie efficace au blast dévastateur. A noter, le groupe à fait éteindre toute les lumières et à poser une simple lampe rouge sur le sol, ce qui a sans aucun doute contribué à instaurer une ambiance intimiste. Seul bémol : on aurait aimé un set un peu plus long. Tant pis, je me rattrape avec leur dernier album en date acheté sur place, Mammal, qui devrait d’ailleurs séduire les amateurs de black atmo…

Enfin, dernier groupe de la soirée, Monarch, que je n’avais jamais eu l’occasion de voir malgré leur récent passage à Nantes. Le temps d’un petit soundcheck et c’est parti, je ne dissimule même pas mon plaisir d’entendre ce son de guitare que j’affectionne particulièrement, si grave qu’il paraît n’être que vibration. La différence est d’ailleurs frappante, autant Altar of Plague a joué relativement fort (supportable sans bouchon d’oreille pour peu qu’on tolère les sifflements d’oreilles le lendemain), autant avec Monarch le son est littéralement corporel, ça tremble des pieds à la tête et je me suis demandé si la structure allait supporter un tel affront sonore. Heureusement, la Conserverie est un lieu plutôt isolé, et si ça peut être un inconvénient pour faire venir les gens au concert, c’est un avantage indéniable pour laisser aux groupes la possibilité d’exprimer leur son comme il se doit. Bref, pas de bouchon d’oreille là non plus pour profiter au maximum de cette distorsion physique.
Le groupe nous a proposé ici sa dernière fournée, à savoir leur album Omens. L’ambiance s’est faite celle d’une messe impie, j’ai été impressionné par l’entente et la cohésion des musiciens, qui semblaient ne faire qu’un pour nous insuffler leur bile. Le batteur frappait comme un mulet, le bassiste agitait le manche de sa basse comme s’il luttait contre des entités invisibles, à la limite de la rupture, les gestes étaient amples et accompagnaient la lourdeur des riffs. De son côté le guitariste enchainait les accords dont la lenteur n’avait d’égal que l’intensité du son.
Malheureusement, après quelque cris et incantations, Emilie, hurleuse du groupe, s’est retrouvée happée par une extinction de voix. Le show s’est donc finit sans les vocaux, ce qui enlève une part non négligeable de l’expérience Monarch. Toutefois, je me suis délecté jusqu’au bout des infra-basses et autres vibrations. Je me disais justement que le son est tellement énorme qu’on finit par abandonner la lutte, alors même qu’au départ on aurait plutôt tendance à vouloir en maîtriser quelque chose. Au final, c’est comme si nous nous retrouvions pris dans une épaisse substance visqueuse, incapable de se mouvoir, subissant l’assaut mortifère sans pouvoir sans défendre… mais étrangement non sans plaisir pour autant.

Fin du concert, je finis donc un peu plus sourd mais ravi de cette soirée. La configuration des lieux permettant une certaine proximité avec les artistes, j’en profite pour discuter avec Emilie, malgré son aphonie. J’ai été plutôt étonné d’apprendre que, pour elle, la création des morceaux de Monarch ne se faisait pas spécialement dans l’idée de développer un propos particulier, malgré que l’on puisse, à l’écoute des albums, sentir un fil conducteur dans leur évolution. Ce qui dirige leur trame, c’est d’abord le plaisir à jouer ensemble, la volonté de faire quelque chose qu’ils n’ont pas encore fait pour ne pas faire un album « bis », et puis la recherche de compromis entre celui qui voudrait faire un truc plus drone et celui qui voudrait mettre plus d’harmonie dans la musique. Elle m’a renvoyé vers leur guitariste pour avoir un autre avis quant aux fils conducteurs de Monarch, mais je n’ai malheureusement pas eu le temps de deviser avec lui.
A noter que leur dernier album, Omens, a été enregistré relativement vite, puisqu’à une époque Monarch était éparpillé aux quatre coins du monde (France, Canada, Etats-Unis et Australie). De fait, ils ont du enregistrer l’album pendant une tournée, en ayant assez peu de temps pour la composition. Pour Emilie, l’expérience a été plutôt concluante car l’urgence a permis d’éviter de se focaliser sur des détails inutiles. Je me demandais aussi comment il faisait pour répéter, vu le genre de musique qu’ils pratiquent. Eh bien apparemment, ils ne répètent pas, ils se calent lors des premières dates des tournées.
Petite anecdote pour terminer : Monarch a désormais deux guitaristes, ce qui s’entend sur leur dernier album d’ailleurs. Il était prévu que ce guitariste se joigne à eux pour la tournée. Quand ils ont vu qu’Altar of Plague voulait jouer avec eux, ils les ont accepté, pensant qu’ils n’étaient que trois. Manque de bol, ils sont bien quatre. Il a donc fallu retirer un membre de Monarch pour que tout le monde puisse tenir dans le tour bus. C’est toujours intéressant de rappeler que ce genre de tourné tiens parfois à pas grand-chose, d’une part, mais aussi que les musiciens doivent aussi accepter des conditions parfois un peu limites lors des tournées, tout ça pour nous offrir leur prestation. Mais je m’égare.

En conclusion, une très bonne soirée pour moi, un grand merci à la Conserverie pour nous avoir proposé ça, en espérant qu’ils y aient plus de monde la prochaine fois !

PS : pas de photos, car je n'ai pas d'appareil. Il y en a quelques unes sur le site de La Conserverie

Ufomammut - Snailking

Quatre ans après leur premier voyage intergalactique, les trois compères d’Ufomammut revinrent pour nous emporter de nouveau dans les confins inconnus de l’espace intersidérale. Quatre années d’une lente maturation, passées à affiner les moindres petits sons, à expérimenter tout sorte de saturation au-delà des limites du pensable, à affûter ses instruments avec de la pierre lunaire, à bouffer du champi astral et gober de l’acide plutonien, à voyager loin, très loin dans l’univers.

Et de ce voyage, le mammouth stellaire nous a ramené une petite compilation martelée sur vinyle avec autant de puissance qu’une fusée au décollage. Parler de fuzz avec cet album est un pléonasme, c’est tellement énorme que ça en est indescriptible, ça prends directement aux trippes et ça vous vibrationne le tout sans retenue, ça fait trembler les mûrs, ça crâme la peau et le cerveau, et bien sûr, ça vous éclate les oreilles. La basse ronde claque avant d’entrer en possession d’une terrible saturation qui craquèle les tympans à force de les faire bondir de vibrations en vibrations. Les riffs sont aussi monolithiques qu’épiques, parfaitement accompagnés par des tempos lancinants et hypnotiques, tandis que les cymbales résonnent en tous sens parmi l’espace sonore déjà pourtant bien rempli. Enfin, pendant qu’une voix de martien défoncé à coup de rail lunaire assène quelques hurlements d’arraché, une multitude de petits sons en tout genre, tellement dispersés qu’on croirait les halluciner, vient parachever le tableau en offrant à l’ensemble quelques éléments éparpillés dans les aires, contrastant avec la lourdeur mammouthesque des riffs.

Tout le géni de l’album réside dans la capacité à créer des boucles infernales sans fins, sorte de tourbillon cosmique, de trous noirs absorbant toutes les structures et tous les repères, les recrachant un instant pour les rebouffer juste après. Ça tourne sans cesse, à une vitesse à peine imaginable, si bien qu’on ne sait plus si c’est du fuzz-riff qu’on entend ou juste le bruit du frottement du au voyage que l’on vient d’entamer. Voyage paranormal, sans départ ni arrivée, incroyablement hallucinogène, d’où l’on ne peut rien vraiment saisir, si ce n’est un maelstrom gigantesque dans lequel on s’enfonce avec bonheur. C’est à la fois une plongé dans un gouffre astral d’une noirceur quasi palpable et suintante, et paradoxalement aussi une envolé dans un grand rien d’une blancheur néantisante. Au final, on a l’impression d’être au bout de la corde d’un yoyo interstellaire, s’enroulant à l’infini autour d’un morceau de météorite, parcourant dans son chemin sinueux des courbes où l’espace et le temps se croisent, se confondent et s’annulent.

L’expérience est paroxystique, unique à chaque écoute, aussi déstabilisante que salvatrice. L’étonnement nous étreint même lorsque l’on finit par se rendre compte que l’on scotche sur le mouvement même du vinyle sur sa platine, cette hallucination de tourbillon continue ne venant que du simple mouvement concret de l’objet. De l’abstraction la plus pure à la concrétude la plus absolue, la boucle semble bouclée. Les échos s’amenuisent alors, les choses semblent se resituer dans une certaine normalité, il ne reste plus que cette impression d’être parti loin, très loin, dans les sphères les plus improbables qu’il puisse exister. Chef d’œuvre.

Ufomammut - Godlike Snake


Tout débute en ce début de 21ème siècle, alors que la planète se voit peu à peu rongée par l’Homme et ses vices. L’humanité ayant perdu son chemin (à moins qu’elle ne l’ait même jamais trouvé) et semblant s’enfoncer dans les limbes d’une Absurdité toujours plus saillante, il fallait bien s’attendre à ce que le ciel nous vienne en aide… Et ce fut bien de là-haut qu’arriva la libération, en provenance directe des étoiles.

C’est dans les régions montagneuses du Piedmont qu’atterrit une de ces étranges machines couramment désigné par le terme d’Objet Volant Non Identifié. Lorsque l’engin infernal eût tu ses moteurs, il pu alors se faire entendre d’étranges sonorités, directement issues des entrailles de la bête. Les vibrations furent telles que tous ceux se trouvant aux alentours furent immédiatement hypnotisés par ces hymnes répétitifs. Quelques curieux, déjà trop fous pour se contenter des étrangetés perceptibles au-dehors, se rendirent près de l’engin. A peine furent-ils arrivés qu’une trappe s’ouvrit, laissant des volutes de fumée s’échapper et se répandre tant insidieusement parmi les arbres impassibles que paisiblement dans les airs. Les lumières, toutes plus étranges les unes que les autres, attirèrent inexorablement nos curieux à bord de l’étrange machine.

Le choc opéra d’un coup et fut sans appel, car pénétrer cette entre brumeuse fut une sorte de non-retour pour leurs âmes désormais corrompues. Une sphère nouvelle se dévoila à eux, où les repères habituels fondaient face à l’intensité des sensations incroyables qu’offrait l’endroit. Tout n’était que sons, lumières et fumée. Tout semblait instable, inversé, paradoxal, contigu et pourtant distant, tout bougeait, rien n’était perceptible précisément mais l’ensemble participait d’un éprouvé global quasi ultime. Des sons pachydermiques emplissaient l’espace, aussi massifs que cramés, pareil à un énorme astéroïde fonçant à travers le vide intergalactique. Une multitude de sonorités parsemées ici et là venaient colmater les brèches, conférant à la symphonie des airs d’envol mystique insaisissable. Il se put bien d’ailleurs que l’OVNI décolla durant la durée indéterminée de cette expérience. Le temps semblait se distordre, parfois s’allongeant, laissant entrevoir de très courts interstices de vides, parfois au contraire semblant accélérer aux limites du possible. La fumée et les jeux de couleurs irréelles brouillaient définitivement tout repère, ne laissant aucun rationalisme tenter d’appréhender la chose insaisissable à l’origine de cette incantation psychédélique.

Lorsqu’enfin le chaos sembla s’apaiser, trois ombres aux contours mal définis apparurent dans la fumée tout juste dissipée. Entourées d’engins divers, tout semblait émaner de ces entités d’outre-espace. Des substances fongoïdes jonchaient le sol près de ce qui semblait être à la fois la base de leur être et des systèmes électroniques biduliques emplis de boutons et autres lampes hystériques. Les trois choses manipulaient sans vergogne d’étranges objets, sans qu’il ne soit possible de dire s’il s’agissait d’une partie d’eux-mêmes ou d’objets incantatoires. Des énormes boîtes vertes se tenant derrière eux sortait une fumée épaisse et c’est sans nul doute de ces appareils monolithiques qu’émanaient toutes ces vibrations colossales.

L’histoire s’arrête ici. Les curieux furent retrouvés errant, à demi-conscient, suppliant pour quelques grammes de poussières d’étoiles et jurant de retourner dans les galaxies acidifiées ou l’espace et le temps prennent des formes si particulières. Personne ne su vraiment ce qui avait bien pu se dérouler ce jour là, comme si une pause s’était opérée dans l’entière dimension du réel. Les trois ombres ne furent jamais recroisées, et traînent certainement quelque part, dans des dimensions autres, près des vallées où la psyché s’enfume et croise les plus improbables choses que l’on ne puisse jamais nommer. Seule trace laissée sur notre planète, cet objet circulaire noir, frappé du sceau du mammouth stellaire, et qui, usé avec les instruments nécessaires à son déchiffrage, permet de retenter encore et encore l’expérience…

Hjarnidaudi - PsykoStareVoid



Un an après la réédition du premier album, l’étrange entité qu’incarne Hjarnidaudi nous revient, en ce début d'automne, plus atroce que jamais, toujours paré à nous asséner des pires tourments. Signé sur le label français MusicFearSatan pour cet album, je dois dire que je l’attendais avec une certaine impatience.

La première chose qui frappe est l’absence de vocaux, puisque ce qui a amené à la postérité musicale le combo est du à la pose de vocaux par le vocaliste de Shining, sur le premier album, qui s’est ainsi vu infligé, en plus d’une réédition, une promotion digne de ce nom. Mais bien évidemment, le deuxième opus poursuit sa route sans l’appui commercial que représente forcément la présence du Sieur Kvarforth (non point que cela lui soit reprochable néanmoins). On se trouve ainsi en présence d’un objet massif, pachyderme de près de trois quart d’heures, imposant ses sonorités distordues et son ambiance mortifère sans la moindre once d’humanité.

Notons de suite que l’album a été composé en même temps, dans le mois suivant pour ainsi dire, que le premier album « Pain.Noise.March ». On en reconnaît d'ailleurs les sonorités, la construction même de certaine partie, notamment cette monté en puissance si caractéristique qui explose dans un maelstrom de distorsion complètement subversive (morceau IV). Autant le dire tout de suite, la continuité entre les deux albums est quasi évidente, si ce n’est l’absence de vocaux. On pourrait même penser à un B-side, tellement les morceaux auraient pu être présents sur le premier opus. On reconnaît aisément les sons aigus et défigurés proposant leurs mélodies infâmes, ces riffs de fond qui construisent un mur aussi noir que la nuit, et ces tempos hors du temps, imposant une rythmique infernale, martiale, hypnotique.

Faut-il pour autant n’y voir qu’un succédané du premier album ? Loin s’en faut ! Car chaque morceau de Hjarnidaudi est une nouvelle pièce de l’horreur Suprême, nouvelle pièce d’une construction horrifique kaléidoscopique, nouvelle avancée dans une brume toujours plus épaisse, toujours plus sombre, toujours plus insondable, mais pourtant toujours aussi dérangeante.
La musique de Hjarnidaudi est étrange. Plus encore, elle personnifie l’Etrange. Quand tous les liens se disloquent, quand le sens s'effondre et fond, alors la musique prend toute son envergure. L'a-musicalité au service de l'hallucination, des non-mélodies chaotiques dégoulinent dans vos oreilles, laissant une trace suinteuse dans vos pensées, rongeant tout espoir et brûlant toute volonté. Une musique horrifique, presque Lovecraftienne tant elle évoque les horreurs sans noms, l'Indicible, les chutes sans fins, les espaces temps si différent qu'ils semblent inimaginables, à la fois énormissimes et réduit à l'impalpable.

PsychoStareVoid approfondi encore d’avantage le fond des horreurs, l’album nous fait atteindre une dépression latente quasi évidente. Kvarforth l’avait certainement bien compris lorsqu’il a décidé de poser ses vocaux sur le premier album, tant ces derniers touchent à l’angoisse agonique dans sons vécu le plus paroxystique. Ici on touche à un degré plus poussé de l’Absurde, plus ignoble encore que la perte de sens, puisqu’imposant l’infamie du Non-sens comme réalité suprême. On touche ici au pivot des deux albums : si le premier nous fait renoncer au monde tel qu’il nous est présenté, le second impose la réalité de l’Absurde, de l’impitoyable et indubitable Chaos comme réalité, externe autant qu’interne. L’ordre des morceaux y contribue d’ailleurs avantageusement, le premier s’affirmant comme explosion des sens, le final s’énonçant comme un noyage des plus totales de toutes perceptions et toutes conceptions.

Hjarnidaudi signe ainsi sa second œuvre, si l’on omet de compter ses premières expériences sous le nom de Hlidolf. Le géniteur de ces œuvres aussi dantesques que déstructurées, Vidar Ermesjø, plus que d’être habité par un ou quelques démons, ré-invente le non-être, le vide, celui qui ronge notre cervelle à note insu. Hjarnidaudi est une expérience de perte de contact avec la réalité et avec soi-même, une absence dans son sens le plus pure, un trou noir absorbant dont on ne peut se défaire, une expérience unique de dépersonnalisation.